Elsa Verbist (Team Manager Comtoyou Racing) : « Il faut toujours faire ses preuves »

Audi Magazine

Née Elsa Cammilleri, elle est connue de tous dans le paddock comme Elsa Verbist. Liée au sport automobile depuis son enfance, la jeune trentenaire n’imaginait pourtant pas y travailler. Après avoir connu le volet organisation, elle a radicalement changé de vie suite à la crise du coronavirus. Depuis, tout s’est accéléré. En moins de deux ans, cette femme au caractère bien trempé est devenue Team Manager du Comtoyou Team Audi Sport dans le FIA WTCR, soit la Coupe du Monde des Voitures de Tourisme.

Elsa Verbist (Team Manager Comtoyou Racing) : « Il faut toujours faire ses preuves »
Verbist, c’est forcément un nom qui parle dans le monde du sport automobile belge et même international.

Verbist, c’est forcément un nom qui parle dans le monde du sport automobile belge et même international. « René Verbist, le frère de ma maman, est dans le milieu depuis plus de 40 ans », explique Elsa. « Il s’est notamment fait connaître dans les années ’90 en préparant, au sein du Dubois Racing, les Audi Supertourisme du Belgian Audi Club qui ont remporté plusieurs titres de champion de Belgique. Il a ensuite créé son équipe et il engageait Christophe Dechavanne dans le championnat de France. Ensuite, après avoir longtemps travaillé pour Volkswagen Motorsport, il fut l’un des trois fondateurs du Team WRT. »

À cette époque, Elsa suit le sport automobile de très loin. « On allait régulièrement assister aux courses, mais je n’étais pas passionnée », glisse-t-elle d’emblée. « En fait, il y a eu plusieurs concours de circonstances. D’abord, lorsque WRT est arrivé sur les circuits en 2010, mon oncle a proposé à ma maman de gérer l’intendance de l’équipe. Moi, je m’étais lancée dans des études de psycho, mais ça ne me convenait pas et je me suis arrêtée en cours d’année. Ma mère ne voulait pas que je reste inactive et elle m’a emmenée pour travailler avec elle dans la cuisine de WRT et garder les enfants de Vincent (Vosse, le Team Principal, NDLR) quand c’était nécessaire. »

À cette époque, Elsa suit le sport automobile de très loin.

Entretemps, Elsa a repris des études de marketing. Et lorsqu’elle cherche un stage, c’est Vincent Vosse qui la met en relations avec SRO Motorsports Group, la société qui organise le GT World Challenge et les 24 Heures de Spa. « J’ai commencé mon stage dans le département marketing à Londres et, avant même que je ne sois diplômée, SRO m’a proposé un contrat », se souvient-elle. « J’ai été mutée à Paris. J’étais en relation avec les équipes et je travaillais sur l’organisation des épreuves. Je suis restée chez SRO pendant cinq ans et j’ai forcément vu mon carnet d’adresses se développer. »

La crise sanitaire du début de l’année 2020 va toutefois tout chambouler. « J’ai vécu le confinement chez ma maman, près de Frameries », reprend Elsa. « Ces quelques mois m’ont fait beaucoup de bien. Quand je suis retournée à Paris pour reprendre le boulot, c’était une évidence : je ne voulais plus de cette vie ! La ville, loin de ma famille, de mes amis… J’ai donné ma démission sans bien savoir ce que j’allais faire ensuite ! »

Entretemps, Elsa a repris des études de marketing.

Son préavis n’est pas encore terminé qu’elle est contactée par l’équipe Attempto Racing, qui engage des Audi R8 LMS GT3 dans le GT World Challenge Europe. « Au départ, c’était pour organiser les voyages de l’équipe, mais j’ai vite compris qu’ils attendaient davantage de moi. Au fil du temps, je me suis retrouvée dans un vrai rôle de Team Manager et j’ai énormément appris en 2020 et 2021. J’aurais pu continuer avec eux, mais mon cousin François m’a proposé un job qui convenait plus à mes attentes et mes objectifs. J’ai donc rejoint le Comtoyou Racing, une équipe créée et dirigée par Jean-Michel Baert dans laquelle François est à la fois Team Manager et Directeur Technique. C’est un tout autre défi puisque j’ai dû changer de milieu en découvrant le WTCR et le TCR Europe. Les GT, je connaissais… Les voitures de tourisme, je découvre ! »

Attempto Racing

Sur un plan personnel, cela permet à Elsa de travailler dans les bureaux de l’équipe à Frameries, à quelques minutes de chez elle. Aux côtés de son cousin François Verbist, elle observe, analyse, apprend… et trouve peu à peu sa place. « Je suis loin de tout connaître et je me vois plutôt comme quelqu’un qui essaie de bien faire travailler les gens ensemble », sourit-elle. « Je suis avant tout un support pour François. C’est lui le vrai leader. Moi, je vise à optimiser l’organisation, la logistique, les relations avec Audi Sport, avec les pilotes, les ingénieurs, les organisateurs, les officiels… Dans ce cadre, je m’occupe de plus en plus de l’aspect sportif et du respect des règlements, tant pour les pilotes que pour les mécanos. »

Un travail de l’ombre, mais qui est crucial pour que l’équipe puisse se montrer performante. Et puis, c’est aussi un travail fait d’émotions. « J’ai retrouvé le goût de la compétition », reprend Elsa. « Car quand l’équipe gagne, je sais que chaque membre a fait son job et que j’ai joué un rôle. Chez SRO, j’étais tous les week-ends sur les podiums. Ou plutôt, derrière le podium, pour organiser la cérémonie. Aujourd’hui, quand un de nos pilotes gagne, ce sont des émotions très intenses que nous partageons tous ensemble ! »

En deux ans à peine

Cette fois, Elsa est définitivement piquée par le virus. « C’est vrai que, si elle m’est venue tardivement, la passion familiale du sport auto m’a totalement rattrapée ! », rigole-t-elle. « Si je ne suis pas sur un circuit pendant un week-end, je regarde les courses qui ont lieu ailleurs. Il faut dire aussi que Morgan, mon compagnon, travaille lui-même dans le sport auto. Il est ingénieur performance chez WRT, où il s’occupe de la #46 de Valentino Rossi et Fred Vervisch. Ce n’est pas toujours simple car nous voyageons beaucoup et nous ne sommes généralement pas sur les mêmes épreuves, mais au moins nous comprenons tous les deux le métier de l’autre. Nous sommes donc heureux des opportunités qui s’offrent à chacun. Il y a une chose que nous ne voulons plus : être concurrents dans le même championnat. L’an dernier, j’étais chez Attempto et lui chez WRT. Quand un gagnait, l’autre avait perdu… Et il y a des choses que l’on n’osait pas se dire car nous étions tenus par le secret professionnel. C’était difficile. »

En deux ans à peine, le statut d’Elsa a totalement changé dans ce milieu du sport auto qu’elle aime tant. « J’ai un poste avec beaucoup de responsabilités et, en tant que femme, c’est probablement un peu plus difficile », avoue-t-elle. « Quoi qu’on en dise, il y a encore une approche très masculine et je dois me faire ma place. Mais je pense que j’y arrive de mieux en mieux. En fait, je dirais qu’il faut davantage convaincre. Mais quand tu as ta place et que tu es respectée, je ne vois pas pourquoi ça ne fonctionnerait pas ! Avec le Comtoyou Racing, je suis en quelque sorte revenue dans la famille, mais je sais que c’est pour mes capacités et pas parce que je suis la cousine de François. De toute façon, que tu sois une femme ou un homme, tu dois toujours faire tes preuves ! »

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