Nina Derwael, une gymnaste en or

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À tout juste 22 ans, Nina Derwael est l’une des sportives les plus titrées de l’histoire du sport belge. Double championne d’Europe, double championne du Monde et médaillée d’or aux Jeux Olympiques, la gymnaste limbourgeoise nous a tous fait vibrer. Elle nous a accordé une interview exclusive pour parler performance, technique et dépassement de soi.

Nina Derwael, une gymnaste en or
Une question d’équilibre

Une question d’équilibre

« Si je devais donner une définition de la performance, je dirais que c’est la capacité à atteindre au bon moment le but qu’on s’est fixé, pour lequel on a travaillé ». Arrivée au sommet d’une discipline particulièrement exigeante physiquement, Nina Derwael souligne aussi l’importance du mental pour atteindre le plus haut niveau : « Le mental est essentiel et compte presque plus que le physique. Il faut d’abord être prête dans la tête pour pouvoir ensuite se placer dans les bonnes dispositions physiques. D’une certaine façon, on pourrait dire : si on y croit, ça marche ! Au sein de l’équipe belge, nous effectuons un travail spécifique dans ce sens avec Jef Brouwers, un psychologue spécialisé dans la performance sportive. Cela est d’autant plus important qu’on a vu que les athlètes pouvaient ‘craquer’, y compris dans notre sport avec l’exemple notamment de Simone Biles. Quand le mental est atteint, c’est exactement comme une blessure physique, on ne peut plus continuer. On doit l’accepter et c’est aussi pour cela que l’équilibre émotionnel est important. Heureusement, ces questions sont aujourd’hui beaucoup mieux prises en compte ».

Le reste, c’est du bonus

Le reste, c’est du bonus

Première gymnaste belge championne d’Europe en 2017, première championne du monde en 2018 et première médaille d’or olympique en gymnastique pour la Belgique en 2021 à Tokyo… Un palmarès impressionnant avec des titres acquis sur son agrès de prédilection, les barres asymétriques, qui ne doivent pas faire oublier pour autant ses performances dans les autres domaines (notamment sa médaille d’argent européenne en 2018 à la poutre), ou avec l’équipe belge. Comment a-t-elle fait face à l’immense popularité qui a suivi ces succès ? « Au début, j’ai été un peu décontenancée. Dans ces moments, la pression extérieure devient forte et les attentes de résultat peuvent sembler disproportionnées. Avant les Jeux Olympiques, tout le monde me voyait déjà en or… Ma coach m’a dit avec beaucoup de sagesse que tout ce que j’ai gagné, personne ne peut me le reprendre. Le reste c’est du bonus. J’ai atteint le top et maintenant je prends du plaisir, sans pression. J’ai hâte de participer aux championnats du monde à Anvers en 2023, devant notre public, et aux Jeux de Paris également. À Tokyo, personne n’avait pu venir nous soutenir, là ce sera différent, nous serons plus proches. Je vais en profiter pleinement.

O Captain ! My Captain !

Évolution technique

Afin d’accomplir les prodiges physiques que nécessitent le haut niveau en gymnastique, Nina Derwael suit évidemment une routine stricte : « Une alimentation saine est importante, mais je ne m’interdis pas une pizza de temps en temps. Je mange de façon aussi variée que possible, en intégrant beaucoup de légumes dans mes menus pour l’énergie et la forme. Pour récupérer des entraînements, nous avons aussi des séances régulières de kinésithérapie, avec un travail musculaire spécifique ». La technologie exerce également une influence non négligeable sur les performances des gymnastes, avec des agrès dont les caractéristiques et les matériaux ont largement été modifiés ces dernières années. « Les changements les plus importants ont eu lieu au sol », confirme Nina Derwael. « Depuis 2013, les praticables ont changé et sont équipés de ressorts plus puissants. Cela permet des rotations plus hautes et plus amples mais cela rend les réceptions plus difficiles à contrôler. Aux barres asymétriques, les types de pieds et le réglage des câbles – qui va rendre les barres plus ou moins flexibles – jouent aussi un rôle. »

Inventer et se dépasser

Inventer et se dépasser

‘Backward Stalder with counter straddle reverse hecht over the high bar with half turn to hang in mixed L-grip’. Voici la définition officielle d’un des deux mouvements qui portent le nom de Nina Derwael selon le code des points de la fédération internationale de gymnastique. « Toutes les figures autorisées sont répertoriées dans ce recueil, de façon exhaustive, avec leur niveau de difficulté », explique-t-elle. « Nous pouvons en créer de nouvelles en combinant des éléments existants. Si la fédération les valide, elles sont ensuite inscrites à leur tour dans le code. Il m’a fallu environ un an et demi pour mettre au point ce premier mouvement avec ma coach et pour le maîtriser avant de l’exécuter en compétition en 2017. ». Plus vite, plus haut, plus fort… Portée par une exigence personnelle hors du commun, Nina Derwael voit aussi déjà plus loin, en suivant notamment en marge de sa carrière sportive des études supérieures. « Je suis en deuxième année d’un cursus d’Event and Project Management à Gand. Depuis mes humanités, j’ai l’habitude de combiner les entraînements et les études. L’école s’adapte au rythme des compétitions, ce qui facilite les choses. Ce que je ferai dans les années à venir ? Je ne pense pas devenir coach, je suis déjà très stricte avec moi-même, je le serais sans doute trop avec les jeunes ! »

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