Frédéric Vervisch, le touche-à-tout

Audi Magazine

Rares sont les pilotes à pouvoir passer avec un égal bonheur d’une puissante GT à une voiture de tourisme. Chacune de ces montures exige un pilotage spécifique et ce sont souvent de véritables spécialistes qui font la loi dans les championnats qui leur sont réservés. Dans ce paysage, un homme sort pourtant du lot : Frédéric Vervisch. Pilote officiel Audi Sport customer racing, le Belge de 34 ans représentera cette année la marque aux anneaux en FIA WTCR (soit la coupe du monde des voitures de tourisme), mais aussi en GT World Challenge Europe et dans les endurances majeures en GT. Autrement dit, le Courtraisien passera sans cesse du baquet d’une Audi RS 3 LMS TCR à celui d’une Audi R8 LMS GT3. Et quand on sait que la première est une traction d’environ 340 chevaux alors que la GT3 est une propulsion qui développe environ 570 chevaux, on comprend que se montrer performant avec les deux n’a rien d’évident.

Frédéric Vervisch, le touche-à-tout
« Je suis le seul des pilotes Audi à rouler dans les deux championnats et, avec plus de 20 week-ends de course

« Je suis le seul des pilotes Audi à rouler dans les deux championnats et, avec plus de 20 week-ends de course, je ne vais pas avoir le temps de m’ennuyer cette année », sourit Fred. « Mais pour être franc, ça me convient très bien : j’adore le fait de changer de discipline. Je vois ça chaque fois comme un nouveau défi. »

En dehors des week-ends de compétition

En dehors des week-ends de compétition, Frédéric endosse cette année un nouveau costume : celui de pilote de développement de la toute nouvelle voiture proposée par Audi Sport customer racing. « Depuis le début de cette année 2021, nous accumulons les tests avec la nouvelle Audi RS 3 LMS TCR », confirme-t-il. « C’est la première fois que je suis désigné comme principal pilote de développement et c’est une grosse responsabilité. Il faut bien comprendre que l’Audi RS 3 LMS est non seulement destinée au plus haut niveau, comme la Coupe du Monde FIA WTCR, mais que c’est aussi une voiture qui devra être facilement exploitable par les clients à partir de la saison 2022, lorsqu’elle sera mise à leur disposition. »

Revenu de nulle part

Revenu de nulle part

Parler avec Frédéric Vervisch, c’est sentir la passion qui transpire. Et pour bien comprendre l’énorme motivation qui l’habite, un coup d’œil dans le rétro s’impose. Car le début de carrière du Courtraisien fut tout sauf un long fleuve tranquille ! Issu d’un milieu relativement modeste, Fred n’avait que très peu de chances de devenir un jour pilote professionnel. Après un parcours en monoplace chahuté l’ayant notamment vu remporter le Championnat d’Allemagne et le Championnat d’Asie de Formule 3, il a même cru que sa carrière était terminée. « Lorsque le championnat Superleague Formula a fait faillite fin 2011, sans me payer les primes que j’aurais dû recevoir, ça été le coup de massue », raconte-t-il. « Je ne pouvais payer ni l’équipe ni les investisseurs qui croyaient en moi. C’était la fin d’une période complètement folle durant laquelle nous avions pris des risques financiers insensés. J’ai retenu une chose : en sport automobile, il n’y aucune garantie ! »

Alors que son titre en F3 Asie aurait dû lui permettre de prendre le volant d’une Formule 1

Alors que son titre en F3 Asie aurait dû lui permettre de prendre le volant d’une Formule 1, récompense promise qui ne fut jamais honorée, Frédéric s’est retrouvé tout en bas de l’échelle. En 2012, son palmarès révèle ainsi un titre de Champion de Belgique en Karting Indoor. Mais il était écrit que la persévérance de Fred et de son amie – et manager – Angélique Detavernier finirait par payer.

« Fin 2014, le plan d’Angélique a été de me faire rentrer chez Audi »

« Fin 2014, le plan d’Angélique a été de me faire rentrer chez Audi », raconte-t-il. « On a donc négocié un volant sur une R8 LMS dans le team ISR à côté d’un pilote officiel Audi, Marco Bonanomi. Le but était que je me montre plus performant que lui pour attirer l’attention des responsables sportifs de la marque. »

Le pari est gagné

Le pari est gagné ! Depuis, le Belge défend fièrement les couleurs des quatre anneaux. Avec Audi, il a notamment remporté les 24H de Dubaï, les 24H du Nürburgring et les 10H de Suzuka en 2019, sans oublier des succès en FIA WTCR.

Voilà pour la partie professionnelle. Mais alors qu’il évolue au plus haut niveau, Fred Vervisch n’a jamais oublié d’où il vient. Les années de galère, il sait ce que c’est. C’est peut-être pour ça que, durant ses week-ends libres, il aime s’entrainer en karting ou retrouver des compétitions plus typées « amateur ».

« Ma première course de l’année 2021 était d’ailleurs à Mettet, en VW Fun Cup »

« Ma première course de l’année 2021 était d’ailleurs à Mettet, en VW Fun Cup », glisse-t-il. « C’est la preuve que je prends toujours autant de plaisir sur les circuits puisque j’ajoute des courses à mon programme de pilote officiel Audi (il rit, NDLR). Chaque fois, je sais que je vais affronter des spécialistes de la discipline et je le vois comme un challenge à relever et une occasion de se remettre en question. Rien n’est jamais acquis et c’est ça que j’aime avec les changements et la variété de mon programme 2021. »

En solo ou en équipe

En solo ou en équipe

Revenons d’ailleurs à cette saison 2021 s’annonçant bien chargée. « Outre le fait que je vais piloter deux voitures très différentes, c’est la philosophie qui change », poursuit Fred. « En FIA WTCR, je suis le seul à piloter la voiture et toute l’équipe Comtoyou sera articulée autour de moi. En GT, je partage notre R8 avec un ou deux équipiers. Je roulerai au sein de l’équipe française Saintéloc, que je connais bien. Le Français Aurélien Panis (fils de l’ex-pilote de Formule 1, NDLR), sera mon équipier en Sprint dans le GT World Challenge. Dans l’Endurance Cup, je retrouverai Finlay Hutchison et Markus Winkelhock. En partageant une voiture, il faut parfois faire des compromis, mais c’est super intéressant aussi. »

Quant au fait de passer d’une monture à l’autre

Quant au fait de passer d’une monture à l’autre, cela n’a pas de quoi effrayer celui qui a terminé à la 2e place des dernières 24 Heures de Spa. « Il faut forcément s’adapter un peu », avoue-t-il. « Mais j’ai un exemple parlant. En 2019, le FIA WTCR se déroulait le même week-end que les 24H du Nürburgring. Je suis donc passé de la RS 3 LMS à la R8 LMS GT3 pour la Superpole des 24 Heures, avec seulement deux tours pour se qualifier. J’ai réussi à signer le 4e chrono général en me montrant le meilleur des pilotes Audi, devant René Rast. Et le dimanche, j’ai gagné les 24 Heures avec Dries Vanthoor, Frank Stippler et Pierre Kaffer ! »

À force de ne pas vouloir choisir entre Tourisme et GT, Frédéric Vervisch pourrait bien se bâtir l’un des plus beaux palmarès des pilotes belges évoluant au niveau international. Car en 2021, il faudra compter avec lui pour faire briller les couleurs d’Audi dans toutes les compétitions où il sera engagé.

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