Bertrand Fermine :
« La Formula E est passionnante pour un ingénieur ! »

Audi Magazine

Il a abandonné son Condroz natal pour la ville de Northampton, au cœur de l’Angleterre, à 25 kilomètres de Silverstone. C’est en effet à proximité du circuit qu’est basée Envision Virgin Racing, une équipe qui engage des Audi en Formula E, soit le Championnat du Monde FIA de monoplaces 100% électriques. À 39 ans, Bertrand Fermine en a fait du chemin ! Et on ne parle pas de ce saut au-dessus de la Manche, mais d’un parcours professionnel intégralement placé sous le sceau de la passion.

Bertrand Fermine
24h Spa

« Avec un papa (Pierre, NDLR) qui était lui-même pilote, je suis tombé dans la marmite dès ma naissance », raconte-t-il. « Il a notamment été deux fois Champion d’Europe de Tourisme dans la catégorie 1600cc en 1987 et 1988. Auparavant, il avait déjà été Champion de Belgique et il avait permis à Volkswagen de remporter la Coupe du Roi aux 24 Heures de Spa-Francorchamps en 1980. Il est aussi devenu un spécialiste de la 2CV, avec sept victoires aux 24 Heures de Francorchamps pour ces voitures. »

Dentiste de profession, Pierre Fermine s’est aussi spécialisé dans la préparation des… moteurs de course ! Ayant notamment investi dans un banc de flux qu’il avait installé dans la cave de la maison familiale, il est devenu un spécialiste unanimement reconnu lorsqu’il fallait dénicher quelques chevaux supplémentaires. « Quand on sait que ce n’était pas son métier, c’est d’autant plus amusant », sourit Bertrand, lui-même jeune papa depuis moins d’un an. « Et c’est donc dans cet univers que j’ai grandi. J’ai des tas de souvenirs des courses sur lesquelles j’accompagnais mon père. Je me souviens notamment que j’avais une mobylette que j’enfourchais à Francorchamps pour aller le voir à différents endroits du circuit pendant son relais. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été profondément passionné par le sport automobile et je me suis toujours dit que ce serait une grande partie de ma vie. »

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Touche-à-tout

Comme on peut aisément l’imaginer, ce n’est pas en premier lieu le poste d’ingénieur que visait Bertrand. « On ne va pas se mentir, je préférerais être derrière le volant plutôt que derrière l’ordinateur », avoue-t-il d’emblée avec un large sourire. « Pilote, c’était mon rêve de gosse. En grandissant, j’ai toutefois vite compris qu’il y a très peu de pilotes vraiment professionnels et que, pour y parvenir, il faut déjà être capable de dépenser pas mal d’argent pour se faire remarquer. Grâce à mon père, j’ai pu faire quelques courses en 2CV et en VW Fun Cup et il parait que je m’en sortais plutôt bien. Mais papa voulait aussi – à juste titre – que j’aie un diplôme. C’est ainsi que je me suis tourné vers des études d’ingénieur, un choix qui n’en était pas un tellement ça me paraissait évident. Dans ma tête, les sports mécaniques prenaient toute la place et j’ai donc présenté ma candidature dans ce domaine quand j’ai dû faire mes premiers stages. »

C’est d’abord dans le monde de la moto, via l’équipe Suzuki Alstare en Championnat du Monde de Superbike, que Bertrand découvre son futur milieu professionnel. Une spécialisation en sport automobile, sous la forme d’un post-Master, lui permet de collaborer ensuite avec l’équipe espagnole Epsilon Euskadi, alors en relation avec l’université de Mondragón. Ses stages lui permettent alors de faire une première entrée dans le monde de la monoplace, en GP2 Series avec l’équipe ART Grand Prix. Sa carrière est lancée.

Bertrand

Depuis, Bertrand a écumé les circuits et accumulé les expériences. Le mondial de Superbike (où il se spécialise dans la gestion électronique des moteurs), la GP2 et la GP3 Series lui permettent de toucher à de très nombreux aspects. Après une pige en 2014, il rejoint en 2015 les rangs du Belgian Audi Club Team WRT pour une des périodes les plus fastes de son parcours. « Vincent Vosse, le boss de WRT, connaissait mon père en tant que pilote et j’ai rapidement trouvé mes marques au sein de l’équipe », raconte-t-il. « En 2015, j’ai notamment participé au développement de la nouvelle Audi R8 LMS GT3 avec, entre autres, la victoire aux 24 Heures du Nürburgring, la pole position puis un podium aux 24 Heures de Spa. Je travaillais directement en relation avec les ingénieurs d’Audi Sport et j’ai énormément appris. Sportivement parlant, il y a aussi eu le titre en Blancpain GT Series Sprint Cup en 2016, avec Enzo Ide, et deux succès lors de la Coupe du Roi (la compétition des constructeurs, NDLR) pour Audi. Que de bons souvenirs ! »

Bertrand

Si Bertrand excelle dans son métier, c’est bien sûr pour ses connaissances techniques, mais aussi pour sa compétence à comprendre ce que les pilotes ressentent derrière le volant. « Je pense en effet que le fait d’avoir disputé moi-même quelques courses m’aide dans la relation que j’ai avec eux. Bien sûr, je n’ai jamais piloté la même voiture et je suis probablement incapable de faire ce qu’ils font. Mais en mixant l’analyse des données et les infos qu’ils me donnent, je parviens à parler le même langage. Je crois aussi que, d’un point de vue psychologique, ça aide à comprendre ce qui peut passer par la tête d’un pilote, spécialement à certains moments clés. Et ça peut donc influencer ce que je vais lui dire à la radio... »

Le défi de la Formula E

C’est dans son caractère : Bertrand aime les défis. L’opportunité d’intégrer une équipe de Formula E en 2018 ne pouvait pas le laisser insensible. « L’électrique fait aujourd’hui partie intégrante de l’automobile et, en tant qu’ingénieur, c’est passionnant », glisse-t-il. « Comme on bénéficie d’une quantité d’énergie allouée et qu’il faut gérer au mieux, l’approche est différente et il faut se remettre en question. Ces monoplaces sont bourrées d’électronique et ce sont de loin les voitures de course les plus sophistiquées de tout ce que j’ai connu. »

Formula E

Il y a parfois d’heureux hasard dans la vie. Quelques jours après avoir signé son contrat avec l’équipe Virgin Racing, Bertrand apprenait que celle-ci entamait un partenariat avec Audi pour la fourniture de toute la chaîne de traction qui comprend le moteur électrique, l’onduleur, la boîte de vitesses et le design de la suspension arrière. « C’était évidemment très sympa de travailler une fois de plus avec une marque qui a joué un grand rôle dans mon parcours », s’amuse l’ingénieur belge. « Je dois toutefois admettre que j’ai retrouvé très peu de personnes que j’avais côtoyées à l’époque du GT, tout simplement parce que ce sont des départements très différents. En outre, j’ai aussi repris ma collaboration avec Robin Frijns (alors pilote officiel Audi Sport en DTM, NDLR) avec qui j’avais déjà travaillé au sein du Belgian Audi Club Team WRT. »

Bien épaulé par un ingénieur avec qui la relation est parfaite, Robin Frijns a notamment remporté deux victoires lors de la saison 2018-2019, le Néerlandais terminant au pied du podium final. Si l’année dernière, fortement perturbée par la pandémie actuelle, n’a pas répondu aux attentes, il est évident que Frijns fera partie des favoris pour le Championnat du Monde FIA de Formula E en 2021. Bertrand a hâte que ça recommence : « Robin fait partie de ces pilotes qui sont à la fois très talentueux et très intelligents. En Formula E, c’est essentiel que le pilote comprenne vite ce qu’il se passe pour gérer l’énergie au mieux. Il doit aussi être capable de réfléchir à beaucoup d’autres choses tout en roulant vite. Je suis convaincu que mon pilote a ces qualités et c’est donc de très bonne augure pour l’avenir. »

Les débuts de cette saison sont prévus en Arabie Saoudite les 26 et 27 février, mais le calendrier précis est encore incertain pour les raisons que l’on connait. En plus des deux Audi officielles de Lucas di Grassi et René Rast, vous suivrez désormais d’un œil plus attentif les monoplaces de l’équipe Virgin Racing. Et si Robin Frijns brille sur les circuits, vous saurez que ce sera aussi grâce à un ingénieur belge.

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