L'Audi 100 % électrique, made by Belgians

Audi Magazine

« Ce que nous réalisons ici est inédit. »
Patrick Danau, directeur général d'Audi Bruxelles

L'Audi 100 % électrique, made by Belgians
Patrick Danau

Audi a fait le choix évident de l'électromobilité. D'ici 2025, la marque aux quatre anneaux annonce vingt modèles électriques et hybrides. Pourquoi Audi a-t-elle opté pour cette stratégie ?

« L'opinion publique et politique a opéré un changement évident. Il y a désormais une volonté claire de réduire les émissions de CO2 et de mieux respecter l'environnement. En outre, la moyenne des émissions de l'ensemble des modèles d'une marque doit désormais être inférieure à 95 g de CO2 par km. Pour atteindre cet objectif, nous devons trouver un équilibre entre moteurs conventionnels et véhicules électriques. En tant qu'entreprise, nous adoptons toujours une vision à long terme pour laquelle nous introduirons toujours des solutions à la fois innovantes et créatives. L'exemple de notre nouvelle usine en est la preuve. »

Pensez-vous que le monde soit prêt pour une augmentation du nombre de véhicules électriques ?

Pensez-vous que le monde soit prêt pour une augmentation du nombre de véhicules électriques ? Par exemple, les autorités sont-elles suffisamment impliquées dans le développement des infrastructures de tarification ?

« En tant que constructeur automobile, nous travaillons à cette question en relation constante avec les gouvernements et d'autres producteurs. Audi s'est alliée à d'autres marques pour investir dans un réseau européen de bornes de recharge rapide appelé Ionity qui comptera 400 points de recharge, dont un certain nombre en Belgique. De quoi pouvoir effectuer une recharge de ses batteries tous les 200 kilomètres. Cependant, l'infrastructure existe déjà dans une large mesure à domicile et sur le lieu de travail, soit ce que 85 % des personnes utiliseront pour recharger leur voiture. Le gouvernement peut sans doute encore améliorer la communication et encourager cette approche. Mais cela va évoluer naturellement. Pour les jeunes générations, chercher des solutions pour recharger leurs appareils est déjà tellement naturel que ce ne sera pas différent avec leur voiture. Recharger son smartphone la nuit est déjà un réflexe, le faire avec sa voiture dans le garage ou dans l'allée devant la maison le sera tout autant. »

Pourquoi Audi Bruxelles a-t-elle été choisie pour fabriquer la future Audi 100 % électrique ?

Pourquoi Audi Bruxelles a-t-elle été choisie pour fabriquer la future Audi 100 % électrique ?

« Nous avons été plus rapides que d'autres sites. Avant de venir à Bruxelles en 2014, j'étais en poste en Espagne sur un site qui produisait 1 500 petites voitures par jour. L'usine ici à Bruxelles est beaucoup plus petite et les coûts de main-d'œuvre sont plus élevés. Cela m'a fait réfléchir à notre avenir et avec Audi, nous avons commencé à travailler sur un plan pour le futur. Une possibilité était de conserver la production de l'Audi A1 ici ou de devenir une usine de composants. Mais nous avons fait le choix d'être plus ambitieux et de nous positionner comme un pôle d'innovation. Nous avons alors amélioré nos performances, développé le dialogue social et cherché des solutions avec les différents gouvernements du pays pour réduire les charges. Un ensemble de choses qui ont convaincu Audi que nous étions le meilleur site pour produire l'Audi 100 % électrique. »

Est-ce le prélude à un avenir durable pour Audi Bruxelles ?

Est-ce le prélude à un avenir durable pour Audi Bruxelles ?

« Quand on fait un investissement de 600 millions d'euros en tant qu'entreprise, ce n'est pas du court terme. Nous devons également prendre en compte des facteurs externes. Par exemple, dans la perspective de ce projet, nous avons tenu des consultations approfondies avec le gouvernement. La question centrale était de savoir si la production industrielle en Belgique a encore du sens. Sans aucun doute. Chez Audi Bruxelles, nous avons encore des types d'emplois ne nécessitant pas de longues formations. Nous avons réussi à convaincre le gouvernement qui soutient nos programmes de formation et qui nous a aidés à optimiser nos investissements dans le cadre légal. Un dialogue et une collaboration qui ont contribué à convaincre la direction en Allemagne. »

usine de véhicules électriques

Dirige-t-on une usine de véhicules électriques différemment d'une usine de voitures classiques ?

« Sur le plan de la gestion, les différences sont minimes. Il s'agit toujours d'avoir une équipe de personnes qui livrent le meilleur produit possible dans les meilleures conditions possible. De nombreuses théories intéressantes sur le sujet existent et peuvent s'appliquer ici. La différence est que nous entrons désormais dans l'ère de l'électromobilité. Un monde totalement nouveau dans lequel nous n'avons pas encore de cadre de référence. Beaucoup des choses que nous réalisons aujourd'hui n'ont jamais été faites auparavant. C'est un travail de pionnier qui crée parfois des défis inattendus. »

En quoi consistent ces défis

En quoi consistent ces défis ?

« Comme nous produisons nous-mêmes la nouvelle batterie, nous avons dû construire une usine de batteries en plus d'une usine automobile. Sans oublier que la voiture que nous allons produire ici est aussi entièrement nouvelle et beaucoup plus imposante que l'Audi A1. Il fallait donc faire bien plus que quelques petits ajustements. La préparation de l'usine a nécessité le même volume d'acier que la Tour Eiffel et 20 000 m3 de béton, soit l'équivalent d'une file de 2 000 bétonnières sur 20 km ! Tout cela alors que la production de l'Audi A1 se poursuivait. Un projet titanesque, pas toujours facile, mais pour lequel nos collaborateurs ont réagi positivement et avec une grande flexibilité. Je vois cela comme une réalisation vraiment exceptionnelle. »

Trouver les bons profils pour construire ce SUV est-il difficile ?

« En effet, ce n'est pas évident. Notre technologie haute tension nous fait passer dans un tout nouveau monde. C'est pourquoi nous avons créé notre propre centre de formation dans lequel les gens apprennent à répondre aux nouvelles exigences. Une formation qui fera partie intégrante de notre programme. Désormais, nous entrons dans l'ère de l'industrie 4.0 et nous devons nous donner les moyens d'emmener tout le monde avec nous. La numérisation est un passage indispensable et constitue un des trois piliers d'Audi à côté de la durabilité et de l'urbanisation. Cette numérisation signifie, par exemple, que nous nous efforcerons d'interdire complètement le papier dans notre production. Une direction dans laquelle nous devons guider l'ensemble de notre personnel. Notre engagement en faveur du développement durable est très concret. Ainsi, notre production est certifiée totalement neutre en CO2 et fait de nous la première marque premium et la première usine industrielle à Bruxelles à atteindre cet objectif. Nous avons installé 37 000 m² de panneaux photovoltaïques, soit cinq terrains de football. Pour nos besoins énergétiques supplémentaires, nous n'achetons que de l'électricité verte et du gaz vert. Quant à l'aspect urbanisation, nous l'abordons en pensant davantage à la mobilité sous toutes ses formes. D'ici 2050, plus de la moitié de toutes nos infrastructures existantes auront été remplacées. Une question sur laquelle nous travaillons et pour laquelle nous cherchons des solutions innovantes. »

De quoi serez-vous le plus fier lorsque la première voiture quittera l'usine ?

De quoi serez-vous le plus fier lorsque la première voiture quittera l'usine ?

« Tout d'abord, je pense qu'en 2014, c'était une décision courageuse d'opter résolument pour l'innovation et l'électromobilité. À l'époque, ça n'a pas été facile de convaincre tout le monde. Mais, à force de persévérance, nous y sommes parvenus. Nous avons pris une longueur d'avance sur d'autres sites, ce qui s'est avéré déterminant pour l'ensemble du projet. Ensuite, il est très gratifiant de faire partie d'une équipe au sein d'une marque capable de concevoir et de produire de telles innovations. Ma carrière prendra sans doute fin ici. Aujourd'hui, je suis fier que nous ayons désormais une infrastructure capable de gérer tous les modèles avec du personnel qualifié travaillant ensemble dans un bon climat social. Je crois que nous pouvons être fiers de fabriquer une voiture révolutionnaire qui va écrire l'histoire. »

Patrick Danau est directeur général d'Audi Bruxelles depuis 2014. Né à Gand en 1956, il suit une formation d'ingénieur technique en électromécanique, puis entame sa carrière chez Volkswagen en 1978. Depuis lors, il est actif pour le groupe aux quatre coins du monde. Longtemps en Allemagne et en Espagne, il a également été responsable d'une partie de la production en Afrique du Sud. Au cours de sa carrière, il a participé au développement de nombreux modèles de Volkswagen, Seat et aujourd'hui Audi, dans tous les segments.