Deux générations de quattro :
interview avec Stig Blomqvist et Mattias Ekström

Audi Magazine

Ils ont tous les deux été champions du monde. L’un en 1984, l’autre en 2016. Mais toujours au volant d’une Audi quattro. Aujourd’hui, Stig Blomqvist et Mattias Ekström nous présentent l’Audi e-tron S, premier modèle S 100 % électrique doté de la légendaire transmission à quatre roues motrices. Les deux pilotes ont échangé leurs impressions sur la révolution quattro, et se sont demandé qui sortirait vainqueur d’un duel à bord du véhicule original.

Le rendez-vous est fixé à l’Audi Driving Experience Center à Neuburg an der Donau en Bavière. Les pneus crissent sur le circuit d’essai, une Audi e-tron S enchaîne les virages à une vitesse impressionnante. Un homme aux cheveux blancs et au sourire chaleureux est aux commandes. Vous le connaissez certainement : il s’agit de Stig « Master » Blomqvist, dont la carrière a totalisé 122 courses de championnat du monde des rallyes, pour 11 victoires et une couronne mondiale. Et ses qualités de pilotage sont toujours intactes. En sortant du véhicule, il salue Mattias Ekström, qui accuse 30 ans de moins mais affiche une carrière prolifique en tant que pilote de DTM et de rallye. La raison de leur rencontre : les 40 ans de la légendaire Audi quattro, au sujet de laquelle ils ont beaucoup d’anecdotes à partager.

een interview met Stig Blomqvist en Mattias Ekström
Audi quattro

Quand avez-vous pris place pour la première fois au volant d’une Audi quattro ?

Blomqvist : C’était en 1982, lors de ma première visite à Audi Ingolstadt. L’endroit était beaucoup plus petit à l’époque. (Rires.) Freddy Kottulinsky [pilote de course et vainqueur du Paris-Dakar (1932 – 2010), N.D.L.R.] m’a emmené faire un tour avec l’Audi A2 quattro [à ne pas confondre avec le modèle Audi A2 produit en série entre 1999 et 2005, N.D.L.R.], le modèle original, et m’a laissé ensuite la conduire pour la première fois. La sensation procurée par la transmission intégrale était complètement nouvelle pour moi. La puissance du véhicule m’a séduit instantanément.

Ekström : La première fois que je me suis installé dans une Audi quattro remonte au début des années ’90. J’avais 14 ou 15 ans et j’accompagnais le petit ami de ma sœur. Il avait racheté une Audi quattro originale à mon père pour la remettre en état de marche. Je m’en souviens comme si c’était hier : l’accélération était exceptionnelle et le bruit tout simplement incroyable ! Le premier modèle que j’ai piloté moi-même était une Audi A4 quattro lors du Swedish Touring Car Championship (STCC) en 1999. Un véritable plaisir. La voiture était comme sauvage, avec beaucoup d’adhérence et une accélération extrêmement rapide. Dans l'Audi quattro, je me suis senti plus courageux et plus performant que je ne l'étais à l'époque.

Blomqvist & Ekstrom

Quelles ont été vos expériences les plus marquantes à bord de l'Audi à transmission intégrale ? Quel moment avec la quattro fut le plus spécial ?

Blomqvist : Sans hésiter, le rallye de Monte Carlo en 1984. Il avait neigé et la route était glissante. Avec mes collègues Walter Röhrl et Hannu Mikkola, nous disposions d’une Audi quattro originale, la seule équipée d’une transmission intégrale à l’époque. Tous les autres pilotes étaient en souffrance. Ils dérapaient et sortaient même parfois du virage. Nous avons réussi à faire le triplé [Röhrl devant Blomqvist et Mikkola, N.D.L.R.], avec 25 minutes d’avance sur le quatrième. L’Audi quattro était imbattable dans ces conditions. C’était une époque formidable, qui m’a vue aussi devenir champion du monde. L’un des meilleurs moments de ma vie. Je ressentais une véritable connexion avec l’Audi quattro originale.

Ekström : Ma connexion la plus forte s’est produite avec l’Audi S1 EKS RX quattro, avec laquelle j’ai remporté le Championnat du Monde de Rallycross en 2014. La meilleure que j’ai pu conduire à ce jour. Elle m’a également permis de grandir en tant que personne. Du plaisir à l’état pur. J’ai vendu la voiture originale. Mais comme je connais le propriétaire, j’ai pu la conduire à nouveau l’an dernier. Qui sait, je la rachèterai peut-être dans quelques années. (Rires.)

Quattro 40 years

La nouvelle Audi e-tron S est également dotée d’une transmission quattro. Comment la ressentez-vous dans une voiture électrique ?

Blomqvist : C’est fantastique. Je n’aurais jamais cru que l’Audi e-tron S procurerait les mêmes sensations qu’une quattro. Mais à part ça, les voitures à essence et électriques restent très différentes. L’Audi e-tron S est beaucoup plus souple et facile à conduire que les modèles quattro à essence de l’époque. Elle est aussi plus silencieuse, évidemment. (Sourire)

Ekström : Un monde de différence sépare les véhicules à essence et électriques. Ces derniers, par exemple, sont considérablement plus lourds. En tant que pilote de course, je dis toujours : moins il y a de poids, plus il y a de plaisir ! Cependant, je suis persuadé que le développement des batteries va beaucoup progresser dans les années à venir. Par ailleurs, j’ai grandi avec un moteur à cinq cylindres, et ce son me manque. Je devrais peut-être trouver une playlist qui le reproduit et la jouer quand je conduis. (Rires)

Monte Carlo

L'Audi e-tron S dispose d'une répartition dynamique du couple entre les deux moteurs électriques de l'essieu arrière - la nouvelle vectorisation du couple. Qu’apporte-t-elle de plus ?

Blomqvist : La vectorisation de couple est fantastique. La maniabilité est parfaite et la voiture reste stable dans les virages. Vous gardez toujours le contrôle. La voiture exécute toutes les manœuvres de conduite très rapidement. La puissance est immédiate ! En résumé : les sensations d’une voiture de sport dans un SUV.

Ekström : Je suis entièrement d’accord. C’est difficile à imaginer, mais on ressent vraiment l’équilibre entre les roues. Le logiciel [la vectorisation du couple combine un blocage de différentiel et un différentiel sport dans un système à commande logicielle sans connexion mécanique, N.D.L.R.] produit un effet magique sur cette voiture électrique. Grâce à sa conception parfaite, on remarque à peine son poids plus élevé.

Race

Vous vous connaissez depuis plusieurs décennies. Qu’est-ce qui vous connecte ?

Blomqvist : Nous sommes tous les deux Suédois, et champions du monde des rallyes. (Sourire.)

Ekström : Stig est un modèle pour moi. C’est une légende vivante de la course et je le regardais conduire à la télévision quand j’étais petit. Quand je le vois enchaîner les virages aujourd’hui, j’espère pouvoir faire encore la même chose à son âge. (Rires.)

Vierwielaandrijving

Terminons par une question sur les débuts de la transmission intégrale permanente : lequel de vous deux sortirait vainqueur d’une course hypothétique au volant de l’Audi quattro originale ?

Blomqvist : En fait, nous avons déjà couru une fois l’un contre l’autre. Mais nous avons été tous les deux disqualifiés à cause d’un accident. (Rires.) Mais je suis certain que Mattias gagnerait. Il a tellement de talent et connaît parfaitement les voitures sur le plan technique.

Ekström : (Rires.) Pendant ses meilleures années, je n’aurais eu aucune chance contre Stig. Il connaît l’Audi quattro originale de A à Z. Avant, la conduite était différente : c’était plus dur, les pilotes pouvaient faire beaucoup plus d’erreurs. Il fallait connaître parfaitement sa voiture et avoir de l’expérience. Avec une Audi quattro moderne, je serais peut-être capable de le battre. (Sourire.)

Blomqvist

Mattias, on a presque l’impression que vous auriez préféré être pilote dans les années ’80 ?

Ekström : J’aurais adoré piloter pendant les années ’80. C’était une époque plus rude. Il fallait posséder des compétences totalement différentes. Le talent était plus important que la discipline et la technique. Aujourd’hui, il faut être en bonne condition physique et avoir un régime équilibré. Alors qu’avant, on pouvait faire la fête, boire, fumer… (Rires.) De nos jours, les voitures sont presque devenues plus importantes que les pilotes.

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