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Petits éléments, grandes idées

On a oublié que jadis, l'art, la science et la technologie ne formaient qu’un.

Qui a dit que l’art était réservé aux artistes ? Frederik De Wilde (40) jongle constamment avec les limites de l’art, de la science et de la technologie. En plus d’être esthétiques et élégantes, ses œuvres trouvent parfois des applications bien au-delà du monde de l'art. Même la NASA s’en est rendu compte.

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En haut de la page d'accueil de votre site web se trouve une formule : ”ART • [Science • Technology] + Society”. Que signifie-t-elle ?
L’art constitue toujours pour moi un point de départ. C'est l'espace dans lequel je me sens le plus libre pour imaginer et réaliser des choses. J’ai besoin de cet espace d’autonomie. C’est pour cela que je trouve important de poser des questions à propos des zones grises entre l’art, la science et la technologie. Mais ces trois choses sont indissociables de la société. La société forme l'arrière-plan sur lequel je réfléchis. Je ne veux pas seulement dire par là que je les reflète. Pour citer Bertolt Brecht : l'art n'est pas un miroir qui reflète la société, mais un marteau avec lequel on la façonne. Je suis convaincu qu'en soi, l’art ne peut être le marteau. Pour mettre en question et faire évoluer la société, nous avons également besoin de la science et la technologie.

Votre œuvre la plus célèbre est le noir ultra, qui absorbe plus de 99,9 % de la lumière et que vous utilisez dans les nano-peintures comme Hostage pt. 1. Vous avez mis cette matière au point en collaboration avec la NASA. Comment êtes-vous arrivé là ?
J'ai d'abord réalisé un projet avec la Rice University, à Houston au Texas. J’y ai fait mes preuves et gagné mes galons. Comme l’université travaille beaucoup avec la NASA, le pas était vite franchi.

La NASA dit-elle pourquoi elle voulait collaborer avec vous ?
Je crois qu'elle est intéressée par la valeur ajoutée que je peux offrir. Nous avons déjà accompli d’énormes progrès dans nos expériences sur le noir absolu. Si nous atteignons un jour notre objectif ultime, nous disposerons d’une mine de connaissances qui pourraient parfaitement servir à la NASA. Elle teste déjà un morceau de noir dans la station spatiale IS, pour s’assurer qu’il résiste aux conditions dans l'espace. C'est ce qui intéressait le plus la NASA au départ. Elle veut principalement l’utiliser pour revêtir l'intérieur des télescopes spatiaux afin de limiter la ‘stray light’, la lumière parasite. Elle est absorbée par les parois, ce qui réduit nettement le bruit optique et donne des images beaucoup plus nettes.

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The quantum vacuum #1

Est-ce aussi pour vous un voyage exploratoire ? Je peux m'imaginer que vous avez vu l'idée du noir absolu comme un défi. En avez-vous tout de suite perçu les applications pratiques ?

Je fais également de la recherche en la matière. L'art est un point de départ, mais pas forcément une fin. Il existe divers embranchements possibles. Mais c’est un fait que les progrès technologiques m’intéressent. Je fais également de la consultance pour les entreprises, d'un point de vue créatif mais aussi d'un point de vue scientifique et technologique. Le noir absolu peut servir à bien d'autres fins. Les biocapteurs, la détection de molécules, la conductibilité thermique... Les applications sont infinies.

Il paraît que votre plus grand rêve est de ‘dessiner sur l'univers lointain’. Que devons-nous imaginer par là ?
Une fois de fois, cela renvoie aux peintures des grottes de Lascaux. Le charbon de bois fait partie de la famille du carbone, un élément extrêmement important sur notre planète, mais que l’on retrouve partout dans l’espace. Sachant cela, les chercheurs ont synthétisé au milieu des années 1980 une molécule complexe de carbone ; cela a marqué le début des nanotechnologies modernes. Cela a débouché sur la mise au point d'un matériau transparent, le graphène, 200 fois plus solide que l'acier et d’une conductibilité électrique 20 fois supérieure au cuivre. Le graphène est transparent, mais en l’enroulant en nanotubes de carbone, on obtient le noir profond. Ce matériel rend tout à coup possible un ascenseur spatial, un câble entre la terre et un contrepoids dans l'espace. Autrement dit, on pourrait voyager dans l’espace en consommant un minimum d'énergie, c'est le début d'une vraie démocratisation du tourisme spatial. Je vais collaborer avec l'ISEC, l’International Space Elevator Consortium. Ce serait merveilleux que je puisse encore vivre cela.

Un ascenseur spatial, c’est de la technologie. En quoi est-ce artistique ?
Vous pouvez également voir cela comme du ‘land art’, comme la célèbre Jetée en spirale de Robert Smithson. C’est ainsi que je vois les ascenseurs spatiaux, comme une sorte de toile d’araignée dans l'espace. Ces connexions géométriques sont pour moi pure poésie. Et si je développe mon noir absolu en trois dimensions, en partant de rien, en partant d’atomes de fer combinés à des molécules de carbone, c'est un peu comme l'histoire de Jack et le haricot magique. Vous semez une graine de haricot et la plante pousse jusqu’au ciel. Vous construisez quelque chose à partir de rien et le résultat se révèle ultra solide. C’est un peu comme un alchimiste qui découvre la pierre philosophale. Si je pouvais faire grandir cela jusque dans l'espace, ce serait sublime. //

Frederik De Wilde

Frederik De Wilde a étudié la peinture à St. Lukas à Bruxelles, puis la sculpture à la Koninklijke Academie d'Anvers, mais il s’est très rapidement intéressé aux sciences et aux (nano)technologies. Ses recherches sur les plus petits éléments constitutifs de l'univers ont débouché sur des sculptures en 3D, des installations interactives et des peintures révolutionnaires. Son ‘noir absolu’, mis au point en collaboration avec la Rice University et la NASA, lui a notamment valu des récompenses internationales.

 

 

 

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